ࡱ>  ( bjbjT~T~ >66&  8Okf"_aaaaaa"!aav__PUjK0"""paaqj" : Rcit vritable de la naissance de messeigneurs et dames les enfans de France (Paris: chez A Saugrain, 1617); transcribed by Jonathan Durham and Cathy Hampton (2010) Comment jay eu lhonneur de parvenir au service de la Royne, o il est traict en suitte des couches de la Royne, et des naissances des enfans de France. Ayant est reeu, je continuois de practiquer, o je servis grand nombre de femmes, tant pauvres que mediocres, Dames que Damoiselles, & jusques des Princesses, il ne se parloit par la ville que de la grossesse de la Royne, & que le Roy luy donnoit Madame Dupuis pour sage-femme, qui avoit servy Madame la Duchesse, ce quelle navoit gueres agreable, parce que Madame la Marquise de Guerche-ville, Dame dhonneur de la Royne sen estoit servie (aussi elle la presenta sa Majest par plusieurs fois, qui nen fit point destat, & ne luy dit aucune chose; jamais il nentra en mon entendement de penser laccoucher, sinon que jestimois bien-heureuse celle qui en auroit lhonneur, & pensois au mal que Madame Dupuis mavoit fait, la verit je leusse plustost desir une autre qu elle. Il arriva que la premiere femme de Monsieur le President de Thou fut malade dont elle mourut, elle mourut, elle maimoit & cognoissoit ds longtemps, mesmes mavait tenu une fille sur les fonds, apres que la consultation de la maladie de Madame de Thou fut faite, elle demanda Monsieur du Laurens comment il alloit de la sant de la Royne, il luy dit que fort bien graces Dieu, mais quils estoient en grant peine Monsieur de la Riviere & luy, touchant la sage-femme que le Roy desiroit qui accouchast la Royne, quils savoient que la Royne ne lavoit nullement agreable, & que neantmoins cest la principale piece de laccouchement, que la sage-femme agre la femme qui accouche, quils avoyent resolu de sinformer de quelquune qui fut plus jeune, qui entendit bien son estat, & fut pour patir avec Madame Dupuis, qui estoit grandement fascheuse, afin que venant la Royne accoucher, & continuant ne vouloir Madame Dupuis que la seconde laccouchast. Il pria les Medecins qui ne bougeoient de Paris luy en vouloir enseigner une propre cela, ils estoient cinq donq, Monsieur du Laurens, messieurs Malescot, Hautin, De la Violete, & Ponon: Monsieur Hautin demanda la compagnie si lon auroit agreable quil en proposast une, ils dirent quouy, il me nomma, & dit que javois plusieurs fois accouch sa fille, daccouchements fort difficiles & en sa presence, Monsieur Malescot dit quil lavoit prevenu en me nommant: Monsieur de la Violette dit, je ne la cognois point, mais jen ay entendu dire du bien: Monsieur Ponon dit, je la cognois fort bien, il ne se peut faire meilleure eslection: Monsieur du Laurens leur dit, quil me desiroit voir: Monsieur Ponon soffrit de laccompagner chs nous, en leur en retournant. Madame de Thou me recommanda luy de tout son cur en faveur de leur alliance. Ils prirent la peine de venir chs nous: Monsieur du Laurens me dit, ce qui sestoit pass entre luy & ces Messieurs, & quils feroient avoir agreable au Roy (sil leur estoit possible) Monsieur de la riviere & luy, davoir une seconde sage-femme pour les causes susdites, & quil me prometoit que sil y en avoit une seconde, que ce seroit moy, qui en aurois grand profit & honneur. Quand la Royne se laisseroit accoucher par Madame Dupuis, quelle estoit vieille, que je luy succederois; mais que lon la tenoit pour mauvaise, quil falloit que jen endurasse. Je luy dis que pour le service du Roy & de la Royne je luy servirois de marche-pied, le remercie, & le supplie de me continuer lhonneur de sa bien-veillance, il me dit que le service quil devoit la Royne luy obligeoit cause du bon recit quil avoit entendu de moy, avec linstante recommandation de Madame de Thou. Quand je vis, que sans jamais y avoir pens un tel honneur se presentoit moy, je creu que cela venoit de Dieu lequel dit, ayde toy & je tayderay, & pensay de voir avec mes amis faire ce que je pourrois pour faire agreer Monsieur de la Riviere, que si le Roy avoit agreable quil y eust une seconde que ce fut moy. Je prie une Dame de mes amies, de prier pour moy Madame de Lomenie, quelle en voulut prier Monsieur dela Riviere qui logeoit devant sa porte, ce quelle fit de bon cur. Il sy employa au temps quil falloit; ayant asseur mon affaire de cost l: Jallay trouver Madame la Duchesse dElbuf, que javois eu lhonneur daccoucher, qui je dis comme le tout sestoit pass, elle en eust une une grande-joye, & me dit quelle semployeroit pour moy de tout son cur en ct affaire-l, & quelle le desiroit avec passion, mais quelle nen eust os parler que secrettement, craignant de fascher le Roy, qui ne vouloit point que la Royne en vist ny entendit parler dautre que Madame Dupuis. Gratienne qui avoit est feu Madame la Duchesse, en parla un jour au Roy, attribuant la faute Madame Dupuis de son dernier accouchement, il sen fascha & dit que la premiere personne qui en parleroit la Royne, quil luy monstreroit quil luy en desplairoit. Madame dElbuf menvoya presenter par un de ses Gentils-hommes Madame de Nemours sa tante, lequel avoit charge delle de la supplier, si loccasion se presentoit, de faire pour moy aupres de la Royne, quelle len supplioit de tout son cur, & que sur le bon service que je luy avois rendu elle luy asseuroit quelle auroit honneur de sen estre mesle. Madame de Nemours me reeut fort bien, & pria le Gentil-homme dasseurer Madame quelle ne perdroit loccasion, pourveu que la Royne en ouvrit le propos, mais que personne ne losoit ouvrir. Madame dElbuf, voyant la response de Madame de Nemours se hazarda allant voir la Royne, qui luy demanda de sa couche comme elles sen estoit trouvee, elle luy dit que fort bien, & se loa sur tout de sa sage-femme, quoy la Royne presta loreille, & tesmoigna prendre plaisir den entendre parler, luy demanda qui elle estoit, de quel aage, & de quelle faon, quoy elle luy satisfit, & me conseilla de penser par qui je pourrois estre presentee, & quelle feroit tout ce quelle pourroit au reste. Le Roy & la Royne alloient ordinairement une fois ou deux la semaine manger au logis de Monsieur de Gondy, o ils se retiroyent de limportunit du peuple & des courtisans, & menoyent personnes familieres. Je pensay que Monsieur de Helly parrin dune de mes filles, avoit depuis trois mois espous la jeune fille de Monsieur de Gondy, & que par son moyen je pourrois parvenir ce que je desirois. Je le suppliay donc de trouver bon que je fusse alle saluer Madame sa femme, ce quil eust fort aggreable, jy fus donc, & trouvay une dame grandement courtoise, qui me fit toutes fortes doffices en faveur de monsieur son mary. A huict jours de l, je retourne la voir, o je menhardis de la supplier de me vouloir tant faire de bien que par son moyen je peusse estre presentee la Royne, lors que elle mangeroit lHostel de Gondy, elle me dit quelle estoit extremement marrie de ne me pouvoir promettre cela, dautant quelle estoit marie seulement despuis trois mois, & que cela seroit trouv mauvais, quelle prit la hardiesse de presenter une sage femme la Royne, au veu & au seu de tant de dames aages & qui avoyent eu plusieurs enfans, mais que pour menvoyer querir lors que la Royne iroit, quelle le feroit bien, & que lors que je serois entree que ferois ce que je pourrois. Une mienne amie qui avoit fort long temps log Monsieur de Helly chs elle, qui estoit avec moy luy dit, Madame vous estes bien ayme de la Seignora Leonor que la Royne ayme tant, vous fers bien cela avec elle, il est vray, dit-elle, que le Seigneur Conchine mayme voirement: mais elle est aussi nouvelle marie que moy, je crains quelle nen oze parler: mais Dieu vous aydera, la premiere veu de la Royne vous verrs ce qui se pourra faire. Il arriva que la Royne ayant accoustum dy aller souvent fut bien quinze jours sans y aller. Madame de Helly fut doncques advertie comme le Roy & la Royne y devoyent aller soupper qui estoit un Vendredy, elle me le fit savoir, afin dy aller ds le matin. Je prie donc ma dite amie de my accompagner, nous demeurasmes tout le jour, cestoit environ le mois dAoust, la Royne y arriva la premiere sur les quatre heures, accompagn de Madame la Duchesse de Bar, sur du Roy, avec mes Dames les Princesses, Dames dhonneur & datout. La Royne se promena dans les jardins jusques sept heures du soir que le Roy arriva avec Monsieur le Duc de Bar & autres Prince. Jestois dans la chambre du sieur de Helly. Je navois eu moyen de voir la Royne, dautant que Madame la Marquise de Guercheville sa Dame dhonneur estoit tousjours proche delle, laquelle sestoit servie de la Dame Dupuis sage femme, & tenoit son party proche de la Royne, pour le Roy, que personne bien quil seut que la Royne ne lavoit pas agreable nen eust os parler. Ayant veu le Roy & la Royne entrer en la sale pour souper, estant assis table madite amie & moy y entrasames avec lun des gens de Mnsieur de Helly, la table estoit dresse en potance, au bout den-haut le Roy & la Royne y estoient, puis les Princes, & Princesses chacun selon leur rang, & sur tout ceux de la maison de Guise, les Seigneurs & Dames apres. A lissu du souper la Royne fut conduite par le Roy sur le lict verd pour se reposer, accompagne de Madame sa sur. Le Roy demeura au milieu de la salle avec les Princes & Seigneurs raconter de plusieurs faicts darmes, cependant nous approchames de Madame Conchine & de Helly, laquelle parla ladite Dame Conchine de moy, comme jestois elevatrice, qui est dire, sage-femme, elle me regarda & fit plusieurs demandes, lesquelles me furent interpretees par la Dame de Helly, & de mesme elle luy dit en Italien mes responses, environ les unze heures du soir venus, le Roy fut prendre la Royne par la main & luy dit ma mie allons-nous retirer il est bien tard, & la conduit hors de la Salle, suivis de tous les Princes & seigneurs, Princesses & Dames de sorte que ceste mienne amie & moy demeurasmes seules dans la salle nous regardans, je luy dis allons nous en aussi, puis que le bon-heur ne ma tant voulu favoriser que jaye peu estre veu de la Royne, cela a est du tout impossible; Sortans nous vismes la Royne qui sasseioit dans sa chaise sur le perron, lentour de laquelle estoient six pages de la chambre tenant des flambeaux, avec six estafiers qui avoient accoustum de la porter, & les Dames de Conchine & de Helly qui accommodoient sa robbe dans sa chaise. Je priay madite amie de parler Madame de Herly, ce quelle ramenteut Madame Conchine de parler la Royne de moy, veu que le Roy, Princes & Princesses, Seigneurs & Dames estoient tous entrs en carrosse, & que pas un deux ne me pouvoit voir, ce quelles firent: La Roine dit Madame Conchine, ce qui me fut dit, que veux-tu que je face? Le Roy men veut donner une qui ne me plaist pas, mais il faut que je passe par l. Madame Conchine luy dit, Madame vostre Majest la peut voir, que le Roy ne le saura pas, vous navez veu que ceste vieille qui ne vous agre pas, il me fut donc cmand dapprocher que la Royne me vouloit voir, je fis la reverence la Royne, qui me regarda environ la longueur dun pater, puis commanda ces estafiers de marcher, tous les carosses estans sortis qui pouvoient estre douze ou quinze, lon portoit la Royne: Apres Madame Conchine entra dans le dernier carrosse, & Madame de Helly costoya la Royne parlant elle jusques la porte: & moy apres, je demanday Madame de Helly si la Royne ne luy avoit point parl de moy, elle luy dit que non. Le lendemain environ une heure apres midy, Madame de Helly print la peine de passer devant nostre logis & me fit appeller, & me dit courage Madame Boursier il y a bonnes nouvelles pour vous, je viens de prendre cong de la Royne pour aller en mon mesnage, o je nay pas encor est. Daussi loing quelle ma veu elle ma demand quest-il de lelevatrice que tu me monstras hier? Que fait-elle? Je luy respondis, Madame elle est en ceste ville en sa maison qui attend de recevoir lhonneur de vos commandements, asseurs-l que jamais autre quelle ne me touchera. Je fus le lendemain prendre cong de Madame de Helly, qui masseura derechef de la bonne volont de la Royne. Monsieur de Helly me faisoit lhonneur de me voir souvent, & me demandoit, si je navois point rien appris touchant mon affaire. Environ quinze jours apres le partement de Madame de Helly, il me vint voir & me dit quil estoit infiniment fach, dont je ne servirois point la Royne. Je demeure fort estonne & luy demanday comment il le savoit, il me dit quil ne le savoit point autrement, sinon quil luy sembloit que si je leusse deu servir que jen eusse entendu dautres nouvelles: Je repris courage & luy dis, que sil ny avoit que cela, je nen desespererois point, quelon tenoit que le Roy alloit faire quelque voyage, que peut estre la Royne attendoit quil fust party, cause quelle savoit bien quil eust tousjours desir que eust est Madame Dupuis qui leust accouchee. Je nentendois parler par tout o jallois que du partement de la Royne qui devoit aller Fontaine-bleau faire ses couches, que le Roy luy laissoit Madame sa sur pour une bonne & gaye compagnie attendant son retour, lequel devoit estre avant son accouchement, lon parloit aussi de lappareil de Madame Dupuis laquelle tenoit son voyage tout asseur en ayant eu parolle du Roy & de Madame la Marquise de Guerche-ville. Madame du But esperoit que par ses amis la Royne ne voulant Madame Dupuis, elle pourroit entrer en la place. Je ne disois mot de ce que javois eu lhonneur davoir est veu de la Royne ne de ce quelle avoit dit Madame de Helly. Javois tout remis laffaire la volont de Dieu. La veille dont le Roy partit, il dit la Royne, & bien ma mie vous savs o je vais demain, je retourneray Dieu aydant asss temps pour vos couches. Vous partirs apres moy pour aller Fontaine-bleau, vous ne manquers de rien qui vous soit necessaire, vous aurs Madame ma sur qui est de la meilleure compagnie du monde, qui recherchera tous les moyens quelle pourra pour vous faire passer le temps, vous avs Madame la Duchesse de Nemours, grande Princesse superintendante de vostre maison, Madame la Marquise de Guerche-ville vostre Dame dhonneur, Madame Conchine vostre Dame datout, Madame de Monglas qui sera gouvernante de lenfant que Dieu vous donnera, vos femmes de chambre ordinaires. Je ne veux point quil y ait ne Princesse ni Dame autres que celles-l vostre accouchement, de peur de faire naistre desjalousies, aussi que ce sont tant dadvis que cela trouble ceux qui servent; Vous avs Monsieur du Laurens vostre premier Medecin, le Seigneur Guide vostre Medecin ordinaire, Madame Dupuis vostre sage-femme; la Royne commena branler la teste, & dit la Dupuis, je ne veux me servir delle; Le Roy demeura fort estonn, comment ma mie avs-vous attendu mon despartement pour me dire que vous ne voulis pas Madame Dupuis, & qui voules-vous donc, je veux une femme encor asss jeune grande & allegre, qui a accouch Madame dElbuf, laquelle jay veu lHostel de Gondy, comment ma mie, qui vous la faict voir? est-ce Madame dElbuf, non, elle est venu de soy. Je vous asseure que mon voyage ny affaire que jaye ne me mettent en peine comme cela, que lon maille chercher Monsieur du Laurens, arriv le Roy luy dit ce que la Royne luy avoit dit, & la peine o il en estoit: Monsieur du Laurens luy dit, Sire, je la cognois bien, elle sait quelque chose, elle est femme dun Chirurgien. Il y a long temps que chacun sait que la Royne na pas aggreable de se servir de Madame Dupuis, & mesmes mestois inform des bons Medecins de ceste ville, sil arrivoit que la Royne continuast ne vouloir Madame Dupuis, quelle femme nous luy pourrions bailler avec elle, afin que venant au poinct, la seconde servist de premiere, nozant dire vostre Majest, ce que nous savions de la volont de la Royne, veu que vous desirs que Madame Dupuis la servit, ils mont nomm celle-l, qui sont les Medecins qui lont nomme? a est Monsieur Malescot qui est le plus ancien de ceste ville, Monsieur Hautin qui a lhonneur destre vostre Majest, Monsieur de la Violette, & Monsieur Ponon: Le Roy demanda ou estis-vous tous? en une consultation que nous avons faicte pour la femme de Monsieur le President de Thou qui est fort malade. Ce nest pas asss, dit le Roy, alls promptement la trouver, & quelle vous nomme une douzaine de femmes de qualit quelle ait servie, savoir, si elles sen contentent. Monsieur du Laurens vint donc chs nous dire le commandement quil venoit de recevoir du Roy. Je luy escrivis environ une trenteine de femmes de dernieres que javois accouchees, & les plus proches de nostre logis; Je le fis conduire par un de nos serviteurs chez six ou sept qui estoyent en couche, dont il y avoit Madame Arnault lintendante, Madamoiselle Perrot la Conseilliere, niepce de Monsieur de Fresne secretaire dEstat, Madamoiselle le Meau, femme de lintendant de Monsieur de Rheims, Madamoiselle de Pousse-mote, femme dun secretaire du Roy, Madame Frecard, une riche marchande: il fut aussi parler Madame la Duchesse dElbuf, puis retourna me dire quil estoit deement inform, & quil alloit bien resjour le Roy & la Royne, & me dit ce qui cestoit pass entre le Roy & elle sur ce sujet, si tost que le Roy fust party, la Royne luy commanda de me venir trouver le lendemain matin, pour me commander destre son lever: Il mavoit dit questant la porte de la chambre de la Royne je demandasse la premiere femme de chambre de la Royne nommee, madamoiselle de la Renoilliere, & que je luy disse que jallois-l de sa part, elle me regarda, & me dit, ma mie vous ests bien-heureuse davoir gaign les bonnes graces de la Royne, sans les avoir meritees; la Royne estoit leve qui lappelle Renoilliere qui a-il l? Madame cest vostre sage-femme que vous avez choisie, ouy je lay choisie, je la veux, je ne me trompay jamais en chose que jaye choisie, quelle sapproche, elle me regarde, & se prit rire, avec une couleur vermeille qui luy vint aux joes, elle me dit que le lendemain je lallasse voir une heure plus matin, pour la voir au lict, & craignant que ne leusse entendu, luy commanda de me le dire, & aussi que lon allast commander au tapissier de tenir un lict prest pour moy, & quelle me dit que je tinsse mon coffre prest pour partir avec elle, dans trois ou quatre jours; & cependant que je ne manquasse tous les matins de laller vour avant son lever. Jeus aussi charge de ladite Damoiselle, de tenir un garon prest pour me servir, & quayant apprest mon coffre, je lenvoyasse la garderobbe de la Royne, pour le faire charger avec lautre bagage. Je fus donc le lendemain, selon le commandement qui men avoit est faict, o jeus lhonneur de voir la Royne au lict & parler elle, & luy dire mon advis de lenfant que je croyois quelle auroit, cause quelle me le demanda: elle desiroit de me enhardir auprs de sa Majest, & faire que je la peusse entendre, car elle mentendoit fort bien, je fus advertie par Madamoiselle de la Renolliere, la veille du partement daller le lendemain telle heure. Je fus mise dans le carrosse de la Royne, dans lequel estoyent, Madame la Marquise de Guerche-ville, avec Madame Conchine, chacune une portiere, & maistre Guillaume le fol du Roy, que lon mit du cost du cocher, lon me commanda de me mettre au derriere. A la disnee lon me fait aller trouver la Royne dans sa chambre, jusques ce quelle allast disner; lon me mena disner avec les femmes de chambre, puis lapres-disnee lon me ramena dans la chambre de la Royne, o lon me dit que je fisse tousjours ainsi. Le voyage de Fontaine-bleu se fit en deux jours, la couche du premier jour fut Corbeil en une hostellerie, o il ny avoit quune meschante petite chambre basse de plancher, bien estouffee pour la Royne. Lon mit coucher les femmes de chambre & moy, dans ce qui estoit marqu pour cabinet de la Royne; il ny avoit entre son lict & le mien, quune petite cloison de torchis. Le matin jeus lhonneur destre son reveil, le disn fut Melun, au logis de Monsieur de la Grange-le-roy; o il ny avoit aucuns meubles, & sur tout il ny avoit que de grosses pierres aulieu de Chenets. Lon avoit fait du feu, encor que ce fust vers la fin dAoust, il ne faisoit pas trop chaut, il avoit est mis trois grosses busches au feu, la Royne qui y avoit le dos tourn estant debout, ces busches vindrent esbouler qui estoient extremement grosses; jestois au cost du jambage de la cheminee, je me jette bas, pour arrester une grosse buche ronde qui alloit tomber sur les talons de la Royne, qui leust infailliblement fait tomber en arriere: Voila le premier service que jeus lhneur le luy rendre, & au Roy quelle portoit. Arrivant Fontaine bleau, je suyvis la Royne en sa chambre, do je ne bougeois que pour manger & dormir. Madamoiselle de la Renoilliere me dit de la part de sa Majest, quarrivant son accouchement, je me mestonnasse daucune chose que je peusse voir; quil se pourroit faire que quelques personnes faschees de ce quelle mavoit prise, me pourroient dire ou faire quelque chose pour me fascher ou intimider, cela arrivant, que je ne me souciasse nullement, que je navois affaire qu elle, & quelle nentreroit jamais en doute de ma capacit, que je fisse delle, ainsi que de la plus pauvre femme et de son Royaume, & de son enfant, ainsi que du plus pauvre enfant. Souvent la Royne me demandoit ce que je pensois quelle deust avoir, je lasseurois que je croyois quelle auroit un fils, & veritablement je diray ce qui me le faisoit croire. Je voyois la Royne si belle, & avec un si bon teinct, lil si bon que selon les preceptes que tiennent les femmes, ce devoit estre un fils; mais le plus-fort & asseur jugement que jen avois estoit, que Dieu nous monstroit quil vouloit restaurer la France, ayant rendu, bon Catholique, nostre Roy, le maistre, mari, & la Royne grosse, avant que personne eust eu le temps de le desirer, voyant que tout cela estoit de grands uvres de ses mains, je croyois quil les parferoit, nous donnant un Dauphin. Le Royne demeura environ un mois Fontaine-bleau, avant le retour du Roy; pendant lequel temps, Madame sur du Roy, faisoit tout ce qui luy estoit possible pour desennuyer la Royne, & luy faire passer le temps; elle faisoit des ballets, elle accompagnoit la Royne la chasse, sentend pour la voir, elle estoit dans sa littiere, & Madame dans son carrosse. Le premier jour quelles y furent, Madame voulut que jentrasse dans son carrosse avec elle, de peur que la Royne qui estoit sur son terme neust besoin de moy, ce que ne vouloit promettre Madame la Marquise de Guerche-ville, tellement jestois l attendant que cela fust accord entre elles: Madame me commandoit dentre, Madame de Guerche-ville me disoit, ne le faites pas, en fin Madame le gaigna, & me fit dire par Madame de Guerche-ville que jobesse Madame, ou tout le long du chemin elle me parloit du desir quelle avoit de voir la Royne heureusement accouche, me demandant ce que jen pensois, quel enfant je croyois quelle auroit, bien quelle eust bien desir un Dauphin. Lesperance quelle avoit que Dieu en donneroit plusieurs au Roy & elle, faisoit que la voyant bien accouchee, elle seroit extremment contente, quoy que ce fut, car elle laymoit parfaictement. Je redoutois en moy-mesme que la Royne neust des coliques en accouchant, cause que lon mavoit dit quelle avoit mang tout une quantit de glace, melons, raisins, alberges & panis. Je supplie sa Majest de ne plus manger de melons, elle me promit, pourveu que lon ne luy en servit plus: lon prie son maistre dHostel, & mesmes je luy ramenteus souvent. Huict jours avant laccouchement, le Roy arriva de Calais o il estoit all, dont la Royne, Madame, & toute la Cour furent grandement resjous. Jen avois une joye mesle dune crainte, cause que je navois point eu lhonneur davoit est veu de sa Majest, & que je ne savois que tout ce qui est du monde est incertain, bien est vray, que javois une grande confiance en la Royne, qui me faisoit lhonneur de me tesmoigner de la bien-veillance. Pour ce jour, je ne fus point lapres-disne en la chambre de la Royne cause de larrive du Roy. Le lendemain mon devoir fut de me trouver son resveil, comme javois de coustume, o apres lavoir veu, je mestois retiree quartier. Le Roy arriva qui demanda la Royne, ma mie est cecy vostre sage-femme? elle dit quouy, le Roy me voulant gratifier, ma mie, je croy que elle vous servira bien, elle ma bonne mine, je nen doute point, ce dit la Royne. Madamoiselle de la Renoilliere dit au Roy, la Royne la choisie, ouy dit la Royne, je lay choisie, & diray que je ne me trompay jamais en chose que jaye choisie, ainsi quelle avoit des-ja dit au Louvre. Le Roy me dit, ma mie, il faut bien faire, cest une chose de grande importance que vous avs manier: je luy dis, jespere, Sire, que Dieu men fera la grace, Je te croy, dit le Roy, & sapprochant de moy, me dit tout plain de mots de gausserie, quoy je ne luy fis aucune response; il me toucha sur les mains, me disant, vous ne me responds rien? Je luy dis, je ne doute nullement de tout ce que vous me dites. Sire, cestoit questant aux couches de Madame la Duchesse, Madame Dupuis vivoit avec une grande libert aupres du Roy: le Roy croyoit que toutes celles de ct estat fussent semblable [sic]. Lapres-disne je retournay en la chambre de la Royne, comme je soulois faire avant larrivee du Roy, laquelle fut incontinant pleine de Princes & de Princesses, des Seigneurs & Dames: Entre autres, Monsieur le Duc dElbuf, qui me voyant me vint parler, & me dit, ma bonne amie jay une grand joye de vous voir ici: le Roy luy dit, comment mon Cousin? vous cognoissez donc la sage femme de ma femme, oy Sire, elle a relev ma femme dont elle sest bien treuve. Le Roy fust linstant dire la Royne, ma mie, voila mon cousin dElbuf qui cognoist vostre sage-femme, il en faict estat, cela me rejioit & men donne de lasseurance grande. Le lendemain je fus au resveil de la Roine, comme de coustume, laquelle me dit quelle croyoit avoir une fille, cause que lon tient que les femmes grosses dun fils amaigrissent sur la fin de leur grossesse? Je luy dis quil ny avoit regle si estroite o il ny eust exception, & que cela ne me feroit point changer dadvis, elle me dit si tost que je seray accouchee, je cognoistray bien en vous voyant, quel enfant ce sera. Je suppliay sa Majest de croire que en me voyant il ne sy pourroit rien recognoistre, quoy que ce fust, dautant quil estoit grandement dangereux une femme venant daccoucher, davoir joye ny desplaisir, quelle ne fust bien delivre, & que la joye & la tristesse avoyent un mesme effect, qui estoit capable dempescher une femme de delivrer, que je la suppliois de ne sen point informer, que je ferois triste mine, encor que ce fut un fils, afin quelle ne sen estonnast. Le Roy entra sur lheure, qui voulut savoir dequoy nous parlions, la Royne luy dit de quoy: Le Roy respondit que si cestoit un fils que je ne le dirois pas doucement, mais que je crierois tant que je pourrois, & quil ny a point de femme au monde, qui en une tel affaire eust pouvoir de se taire. Je suppliay sa Majest de croire que je me saurois taire, puis quil y alloit de la vie de la Royne, qui estoit la chose principale, & quoutre-ce il y alloit de lhonneur des femmes, que jestois obligee de soustenir, & qu leffect sa Majest le cognoistroit. Madamoiselle de la Renoilliere, premiere femme de chambre de la Royne, dont jay cy devant parl, me demanda que je luy fisse un signal, si tost que la Royne seroit accouche, afin davoir lhonneur de le dire la premiere au Roy. Le signal fut que la Royne estant accouche dun fils, je devois baisser la teste en signe que tout alloit bien, si ceust est une fille je la devois renverser en arriere. Gratienne qui estoit une femme de chambre de la Royne, me demanda aussi un signal, laquelle je dis que je lavois promis Madamoiselle de la Renoilliere, que si elle savoit que je leusse donn un autre, ne me le pardonneroit jamais, elle maymoit, & me parloit librement, comment dit elle, serois-tu bien si beste de ne pouvoir contenter deux de tes amies la fois? Je say que tu dois de lhonneur Madamoiselle de la Renoilliere, cause de son aage & de sa qualit, & moy de lamour, cause de celuy que je te porte, fais au nom de Dieu que jaye le premier signal, afin que je laille dire au Roy. Je luy disque je ne savois de quelle faon jen pourrois venir bout, sans estre appereu de Madamoiselle de la Renoilliere, elle me dit quelle ne vouloit point que je reeusse de desplaisir en lobligeant, & pour faire quelle ne sen appereut, que je le luy disse tout haut, si tost que la Royne seroit accouche dun fils, ma fille chausse-moy un linge. Le lendemain estant au resveil de la Royne, sa Majest me fit lhonneur de me dire elle-mesme, ce quelle mavoit fait dire par Madamoiselle de la Renoilliere, il y avoit des-ja quelque temps, touchant la confiance quelle avoit en moy, & que je ne mestonnasse daucune chose que lon me peut dire, ny de quelque mine que lon me fit, dautant que je navois affaire qu elle. Comment et en quel temps la Royne accoucha. La nuict du vingt-sixiesme Septembre minuict, le Roy menvoya appeler, pour aller voir la Royne qui se trouvoit mal, jestois couchee dans la garde-robbe de la Royne o estoient les femmes de chambre, o souvent pour rire on me donnoit de fausses alarmes, me trouvant endormie, tellement que je croyois que ce fut de mesme, mentendant appeler par un nomm Pierrot, qui estoit de la chambre, il ne me donna pas le loisir de me lacer, tant il me hastoit, entrant en la chambre de la Royne, le Roy demanda est-ce pas la sage-femme? on luy dit quouy, il me dit, vens, vens sage-femme, ma femme est malade, recognoisss si cest pour accoucher, elle a de grandes douleurs; ce quayant recogneu, je lasseuray quouy. A linstant le Roy dit la Royne, ma mie, vous savez que je vous ay dit par plusieurs fois, le besoin quil y a que les Princes du sang soyent vostre accouchement. Je vous supplie de vous y vouloir resoudre, cest la grandeur de vous & de vostre enfant, quoy la Royne luy respondit, quelle avoit est tousjours resolu de faire tout ce quil luy plairoit. Je say bien ma mie que vous vouls tout ce que je veux:mais je cognois vostre naturel qui est timide & honteux, que je crains que si vous ne prens une grande resolution les voyant, cela ne vous empesche daccoucher; cest pourquoy derechef, je vous prie de ne vous estonner point: puis que cest la forme que lon tient au premier accouchement des Roynes. Les douleurs pressoyent la Royne, chacune desquelles le Roy la tenoit, & me demandoit sil estoit temps quil fit venir les Princes, que jeusse len advertir, dautant que ct affaire l estoit de grande importance quils y fussent, je luy dis que je ny manquerois pas lors quil en seroit temps. Environ une heure apres minuict, le Roy vaincu dimpatience de voir souffrir la Royne, & croyant quelle accoucheroit, & que les Princes nauroyent pas le temps dy venir, il les envoya querir qui furent Messeigneurs le Prince de Conty, de Soissons, & de Montpensier, le Roy disoit les attendans, si jamaislon a veu trois Princes en grand peine lon en verra tantost, ce sont trois Princes grandement pitoyables & de bon naturel, qui voyant souffrir ma femme voudroient pour beaucoup de leur bien estre bien loing dicy. Mon cousin le Prince de Conty ne pouvant aisment entendre ce qui se dira, voyant tourmenter ma femme, croira que cest la sage-femme qui luy faict du mal. Mon cousin le Comte de Soissons voyant souffrir ma femme, aura de merveilleuses inquietudes, se voyant reduit demeurer-l. Pour mon cousin de Montpensier, je crains quil ne tombe en foiblesse, car il nest pas propre voir souffrir du mal. Ils arriverent tous trois avant les deux heures, & furent environ demy-heure-l. Le Roy ayant seu de moy que laccouchement nestoit pas si proche, les envoya chs eux, & leur dit, quils se tinssent prests quand il les envoyeroit appeller: Monsieur de la Riviere premier Medecin du Roy, Monsieur du Laurens premier de la Royne, Monsieur Heroard aussi Medecin du Roy, le Seigneur Guide, second medecin de la Royne, avec Monsieur Guillemeau Chirurgien du Roy, furent appells pour voir la Royne, & aussi tost se retirerent en un lieu proche: Cependant la grand chambre en Oualle de Fontaine-bleau, qui est proche de la chambre du Roy, qui estoit preparee pour les couches de la Royne, o estoyent un grand lict de velours cramoisy rouge accommod dor, estoit prsle lict de travail, aussi les pavillons, le grand & le petit, qui estoient attachs au plancher, & trousss, furent destrousss. Le grand pavillon fut tendu ainsi quune tente par les quatre coings avec gros cordons, il estoit dune belle toille de Hollande, & avoit bien vingt aulnes de tour, au milieu duquel y en avoit un petit de pareille toile, sous lequel fut mis le lict de travail o la Royne fust couche au sortir de sa chambre. Les Dames que le Roy avoit resolu qui seroyent appelles laccouchement de la Royne, comme jay dit cy devant furent mandes. Il fut apport sous le pavillon une chaise, des sieges plians, & des tabourets pour asseoir le Roy: Madame sa sur & Madame de Nemours: la chaise pour accoucher fut aussi apporte, qui estoit couverte de velours cramoisy rouge. Sur les quatre heures du matin une grand colique se mesla parmy le travail de la Royne, qui luy donna dextremes douleurs, sans avancement. De fois autresle Roy faisoit venir les Medecins voir la Royne, & me parler, ausquels je rendois compte de ce qui se passoit. La colique travailloit plus la Royne que le mal denfant, & mesmes lempeschoit. Les Medecins me demanderent si cestoit une femme o ny eust que vous pour la gouverner que luy feris-vous. Je leur proposay des remedes quils ordonnerent linstant lApothiquaire, lequel leur en proposa dautres la faon dItalie, quil disoit quen pareil cas faisoyent grand bien. Eux sachant laffection quil avoit au service de sa Majest, & que si le remede ne faisoit tout le bien que lon en esperoit, quil ne pouvoit faire aucun mal, le firent donner. Il y avoit deux anciennes & sages Damoiselles Italiennes, qui estoyent la Royne, lesquelles avoyent eu plusieurs enfans, & sestoyent trouvees plusieurs accouchemens en leurs pas: La Royne avoit eu pour aggreable quelles se trouvassent son travail, pour luy servir comme ses femmes de chambre. Les Reliques de Madame saincte Marguerite, estoient sur une table dans la chambre, & deux Religieux de sainct Germain des Prs, qui prioyent Dieu sans cesser. Le Roy dit, quil ne vouloit que personne donnast son advis que les Medecins, selon que je leur aurois rapport, & que nous en serions convenus ensemble; tellement que je peux dire , quen lieu du monde, je nay eu telle tranquilit desprit, pour le bon ordre que le Roy y avoit apport, & lasseurance que mavoit donne la Royne. Il arriva que pour combattre ceste insupportable colique, il fallut plusieurs grands remedes, quoy la Royne ne resista nullement: Car aussi tost que le Roy ou les Medecins luy en parloyent, elle en estoit contente, pour desagreables quelles fussent, ne voulant en rien se rendre coupable de mal. Cest pourquoy plusieurs femmes sont souvent cause par leur opiniastret, que les choses leur succedent mal, pour eux & pour leurs enfants. Le mal de la Royne dura vingt & deux heures & un quart: elle avoit une telle vertu, que cestoit chose admirable: elle discerna bien ses douleurs premieres, & les dernieres davec les autres, o estoit ceste mauvaise colique, selon que je luy fis entendre. Pendant un si long temps quelle demeura en travail, le Roy ne labandonna nullement, que sil sortoit pour manger, il envoyoit sans cesse savoir de ses nouvelles, Madame sa sur en faisoit de mesme. La Royne craignoit devant que daccoucher, que Monsieur de Vandosme nentrast en sa chambre pendant son mal, cause de son bas ge: mais elle sentant le mal ny prit pas garde, il me demandoit toute heure si la Royne accoucheroit bien tost, & de quel enfant ce seroit, pour le contenter, je luy dis quouy, il me demanda derechef quel enfant ce seroit, je luy dis que ce seroit ce que je voudrois: & quoy, dit-il, nest-il pas fait, je luy dis quouy, quil estoit enfant, mais que jen ferois un fils ou une fille, ainsi quil me plairoit. Il me dit sage-femme puis que cela depend de vous, metts-y les pieces dun fils? Je luy dis, si je fais un fils (Monsieur) que me donners-vous? Je vous donneray tout ce que vous voudrs, plustost tout ce que jay: Je feray un fils, & ne vous demande que lhonneur de vostre bien-veillance, & que vous me voulis tousjours du bien, il me le promit & mela tenu. Il arriva bien pendant ceste longueur de temps, que ceux que la Royne avoit jug qui desiroyent de me troubler, dirent quelque chose, & firent quelque mine, dont je ne mestonnay non plus que de rien, dautant que je voyois que veu le bon courage de la Royne tout succederoit bien, & quelle se fioit du tout en moy, comme elle mavoit dit. Lors que les remedes eurent dissip la colique, & que la Royne alloit accoucher, je voyois quelle se retenoit de crier, je la suppliay de ne sen retenir de peur que sa gorge ne senflat; le Roy luy dit, ma mie faites ce que vostre sage-femme vous dit, cris de peur que vostre gorge me senfle: elle avoit desir daccoucher dans sa chaise, o estant assise, les Princes estoyent dessous le grand pavillon, vis--vis delle. Jestois sur un petit siege devant la Royne, laquelle estant accouche, je mis Monsieur le Dauphin dans des linges, & langes dans mon giron, sans que personne seut que moy, quel enfant cestoit. Je lenvelopay bien; Ainsi que jentendois ce que javois faire. Le Roy vint aupres de moy, je regardelenfant au visage, que je vis en une grande foiblesse, de la peine quil avoit endure. Je demande du vin Monsieur de Lozeray, lun des premiers valets de chambre du Roy, il apporta une bouteille, je luy demande une cuillier, le Roy print la bouteille, quil tenoit, je luy dis, SIRE, si cestoit un autre enfant je mettrois du vin dans ma bouche, & luy en donnerois, de peur que la foiblesse dure trop. Le Roy me mit la bouteille contre la bouche, & me dit, faites comme un autre: Jemplis ma bouche de vin & luy en soufflay, lheure mesme il revint, & savoura le vin que je luy avois donn. Je vis le Roy triste & chang, sestant retir dauprs de moi, dautant quil ne savoit quel enfant cestoit, il navoit veu que le visage, il alla vers louverture du pavillon du cost du feu, & commanda aux femmes de chambre de tenir force linges, & le lict prest. Je regarday si je verrois Madamoiselle de la Renoillere pour luy donner le signal, afin quelle allast oster le Roy de peine, elle bassinoit le grand lict: Je vis Gratienne qui je dis, ma fille chauffs moy un linge: alors je la vis aller gaye au Roy, lequel la repoussoit, & ne la vouloit pas croire, ce quelle me dit despuis, il luy disoit que cestoit une fille quil le cognoissoit bien ma mine; elle lasseuroit bien que cestoit un fils, que je luy en avois donn le signal, il luy disoit, elle fait trop mauvaise mine, Sire, elle vous a dit quelle le feroit, il luy dit quil estoit vray, mais quil nestoit pas possible quayant eu un fils, je la peusse faire telle; elle luy respondit, il est bien possible, puis quelle la faict. Madamoiselle de la Renoilliere entra, qui vit le Roy se fascher avec Gratienne, elle vint moy, je luy fits le signal, elle me demanda loreille, je luy dis la sienne que ouy; Elle detroussa son chapperon, & alla faire le reverence au Roy, & luy dit que je luy avois fait le signal, & mesme luy avois dit loreille; la couleur revint au Roy, & vint moy cost de la Royne, & se baissa, & mit la bouche contre mon oreilles, & me demanda, sage-femme est-ce un fils? Je luy dis quouy: Je vous prie ne me donns point de courte-joye, cela ma feroit mourir: Je desvolope un petit Monsieur le Dauphin, & luy fits voir que cestoit un fils, que la Royne nen vid rien; il leva les yeux au Ciel ayant les mains jointes, & rendit graces Dieu. Les larmes luy couloyent sur sa face, aussi grosses que de gros poids. Il me demanda si javois fait la Royne, & sil ny avoit point de danger de luy dire? Je luy dis que non, mais que je suppliois sa Majest que ce fut avec le moins demotion quil luy serois [sic] possible, il alla baiser la Royne & luy dit, ma mis vous avs eu beaucoup de mal, mais Dieu nous a fait une grand [sic] grace, de nous avoir donn ce que nous luy avions demand; nous avons un beau fils. La Royne linstant joignit les mains & les levant avec les yeux vers le Ciel, jetta quantit de grosses larmes, & linstant tomba en foiblesse: Je demanday au Roy qui il luy plaisoit que je baillasse Monsieur le Dauphin, il me dit Madamoiselle de Montglas, qui sera sa gouvernante. Madamoiselle de la Renoilliere le prit & le bailla Madame de Montglas. Le Roy alla embrasser les Princes, ne sestant appereu de la foiblesse de la Royne, & alla ouvrir la porte de la chambre, & fit entrer toutes les personnes quil trouva dans lanti-chambre & grand cabinet: Je croy quil y avoit deux cens personnes, de sorte que lon ne pouvoit se remuer dans la chambre pour porter la Royne dans son lict. Jestois infiniment fasche de la voir ainsi. Je dis quil ny avoit aucune apparence de faire entrer ce monde icy, que la Royne ne fust couche; le Roy mentendit, qui me vint frapper sur lespaule, & me dit, tais toy? tais toy? sage-femme, ne te fasche point, ct enfant est tout le monde, il faut que chascun sen rejoisse (il estoit dix heures & demie du soir, le Jeudy xxvii.Septembre mil six cens un, jour de S. Colme & S Damian, neuf mois & quatorze jours apres le Mariage de la Royne.) Les Valets de Chambre du Roy & de la Royne furent appells qui porteroit la chaize prs de son lict auquel elle fut mise, & alors lon remedia sa foiblesse, & luy ayant rendu le service que je devois: Je fus accommoder Monsieur le Dauphin, que Madame de Montglas me remit entre les mains, o Monsieur Edoard se trouva, & commena de l le servir, il me le fit laver entierement de vin & deau, & le regarda par tout avant que je lemmaillotasse. Le Roy amena les Princes & plusieurs Seigneurs le voir. Pour tous ceux de la maison du Roy & de la Royne, le Roy leur faisoit voir, & puis les envoyoit, pour faire place aux autres. Chacun estoit si resjouy quil ne se peut exprimer, tous ceux qui se rencontroient sentrebrassoyent, sans avoir esgard ce qui estoit du plus ou du moins. Jay entendu dire quil y eust des Dames qui rencontrant de leurs gens, les embrasserent, estant si transports de joye quelles ne savoient ce quelles faisoient. Ayant achev daccommoder mondit Seigneur, je le rendis Madame de Monglas qui lalla monstrer la Royne, qui le vit de bon il, & par son commandement fut conduit en sa chambre par madite Dame de Monglas. Monsieur Eroard & toutes les femmes qui devoient estre luy, o aussi tost quil y fust, sa chambre ne des-emplissoit nullement, nestoit quil estoit sous un grand pavillon o lon nentroit pas sans ladveu de madite Dame de Monglas. Je ne say comment lon eust peu faire, le Roy ny avoit pas si tost amen une bande de persnes, quil en ramenoit une autre.Lon me dit que par le Bourg, toute la nuict ce ne furent que feux de joye, que tambours & trompettes, que tonneaux de vin deffoncs pour boire la sant du Roy, de la Royne, & de Monsieur le Dauphin. Ce ne furent que personnes qui prinrent la poste pour aller en divers pas en porter la nouvelle, & par toutes les Provinces & bonnes villes de France. A linstant que la Royne fut accouchee, le Roy fit dresser son lict attenant du sien, o il coucha tant quelle se portast bien. La Royne craignoit quil nen reeust de lincommodit, mais il ne la voulut jamais abandonner. Je treuvay le lendemain apres disner Monsieur de Vandosme qui estoit seul la porte de lanti-chambre, qui tenoit la tapisserie pour passer dans le cabinet, par o lon passoit pour aller chs Monsieur le Dauphin, & estoit arrest fort estonn. Je luy demanday, he quoy! Monsieur que faites-vous l? il me dit je ne say, il ny a gueres que chacun parloit moi, personne ne me dit plus rien. Cest Monsieur que chacun va voir Monsieur le Dauphin qui est arriv depuis un peu, quand chacun laura salu, lon vous parlera comme auparavant. Je le dis la Royne qui en eust grand piti, & dit, voila pour faire mourir ce pauvre enfant, & commanda quon lon le caressast autant ou plus que de coustume; cest que chascun samuse mon fils, & que lon ne pense pas luy, cela est bien estrange ct enfant. La bont de la Royne a tousjours est merveilleusement grande. Le vingt neufiesme dudit mois, je fus pour voir Monsieur le Dauphin, son Huissier Bira mouvrit la porte, je vis la chambre pleine, le Roy, Madame sa sur, les Princes & Princesses y estoient, cause que lon vouloit ondoyer Monsieur le Dauphin, je me retiray, le Roy mappereust, & me dit, entrs, entrs, ce nest pas vous nozer entrer, il dit Madame & aux Princes, comment! jay bien veu des personnes, mais je nay jamais rien veu de si resolu, soit homme soit femme, ni la guerre ni ailleurs, que ceste femme l, elle tenoit mon fils dans son geron, & regardoit le monde avec une mine aussi froide que si elle neust rien tenu, cest un Dauphin quil y a quatre vingts ans quil nen estoit nay en France. (Sur ce je luy repliquay) javois dit vostre Majest, SIRE, quil y alloit beaucoup de la sant de la Royne, il est vray ce dit le Roy, je ne lay aussi dit ma femme quaprs que tout a est fait, & si la joye la fait esvanoyr;) jamais femme ne fit mieux quelle a fait, si elle eust faict autrement, cestoit pour faire mourir ma femme. Je veux doresnavant vous nommer ma resolu. Le Roy me fit lhonneur de me faire demander, si je voulois estre la remueuse de Monsieur le Dauphin, & que javois pareils gages que la nourrice, je fits supplier sa Majest davoir agreable, que je ne quittasse point lexercice ordinaire de sage-femme, pour me rendre tousjours plus capable de servir la Royne, quil y avoit l une honneste femme qui lentendoit fort bien. Je demeura aupres de la Royne pour la servir en ses couches environ un mois, puis huict jours apres attendant le retour de sa Majest Paris, qui mavoit fait commander de lattendre. Des Couches de la Royne, de Madame Elizabeth premiere fille de France. La Royne estant grosse de Madame sa fille aisne, alla Fontaine-bleau, pour y faire ses couches, & partit en Octobre de Paris, apres la moiti du mois, o estant arrive lon avoit veu quantit de nourrices qui importunoyent tellement le Roy & la Royne, & tout le monde, que leurs Majests en remirent lelection Fontaine-bleau, o il ne manqua den venir de tous costs, lon attendit proche de laccouchement de la Royne en faire leslection. Il vint un homme, lequel avoit envoy sa femme pour estre nourrice, laquelle avoit une petite fille fort delicate & menu, la femme estoit bien honneste, & de gens de bien, en faveur dequoy, il se trouva des plus signals Seigneurs de la Cour qui en parlerent daffection aux Medecins, ce fut un affaire qui me donna bien de la peine, elle logea chs une de mes amies, laquelle semploya de bon cur pour elle, elle me prioit aussi dy faire ce que je pourrois, je voyois son enfant extremement menu, mais elle estoit approprie son advantage, de sorte que le har paroit le fagot. Quand lon men parloit, je ne pouvois respondre gayement, cause que sa nourriture ne magreoit gueres. Je fus un jour, comme javois de coustume, la voir, o jentendis nommer ceste nourrice du nom de son mary: Je me resouvins que cestoit le nom dun jeune homme que mon mary avoit traitt de la verolle, lequel avoit voulu sortir sans attendre quil eust est guary. Jen avois entendu parler que jamais lon ne peut empescher de sortir, quelque chose que lon luy peut dire. Il dit mon mary quil estoit guary, quil se sentoit bien, & & quil vouloit prendre lair, & se fortifier pour se marier. Mon mary luy remonstra ce qui en pouvoit arriver; il sen mocqua & luy dit, je suis content de vous, trois ou quatre annes de-l, je vis quelquun de la ville do il estoit, jen demanday des nouvelles, savoir, sil estoit marie, lon me dit quil y avoit long temps ds son retour de Paris, mais quil y avoit un mal-heur en son mesnage, que sa femme avoit des-ja eu deux ou trois enfans, qui sortoient tous pourris de son ventre. Je me souvins que mon mary luy avoit dit quil nestoit pas guary, & que sil se marioit quil en arriveroit ainsi. Je fus bien empesche & eusse voulu ne lavoir jamais veu, cette mienne amie sappereut que javois chang de couleur, elle me pressoit de luy en dire la cause, je ne le voulois pas, elle my fora par ses prieres, & luy dis, que je ne me trouverois pas leslection des nourrices, pour nen dire ni bien ni mal, quelle me faisoit grand piti, parce quelle ne savoit pas quel estoit son mal, cependant que si lon la retenoit que je le dirois, que selle nestoit retenu je nen parlerois point, & la laisseroit retourner en son pas. Elle fut retenu, & aussi tost on fit estat de renvoyer toutes les autres: cestoit lheure du disner: Je fits chercher Monsieur du Laurens, lequel estoit all disner en compagnie. Comme je vis quil ne se trouvoit point, & quil neust pas est propos de le dire, quand les autres nourrices eussent est renvoyes. Je priay Madamoiselle de Cervage, femme de chambre de la Royne, de luy aller dire de ma part: ce quelle fit, laquelle luy dit, alls dire la sage femme quelle ma aujourdhuy rendu un bon service, que si je leusse seu dune autre personnne que delle, que je neleusse jamais voulu voir, & que je luy en say bon gr. La Royne le dit aussi tost au Roy, lequel dit tout haut, que des nourrices venoyent de loin pour le tromper, devant tout le monde. Il envoya chercher Monsieur du Laurens & les autres Medecins, lesquels me vindrent trouver pour savoir la verit, & comment, si je verifierois cela; je leur dis le tout, & que pour preuve, il y avoit un valet de chambre de Monsieur de Beaulieu-ruz qui demeurant en nostre logis lavoit ayd pencer, qui en pourroit dire la verit, & un autre qui estoit Chirurgien Auxerre, qui avoit est en mesme temps ches nous; comme cela fut verifi, lon fit une autre lection de nourrices: Jestois infiniment fasche du mescontentement de ceste femme-l, mais le service que je devois leur Majests estoit toute autre chose. Jescrivis par la poste mon mary, comment cela sestoit pass. Le mary de ceste femme qui navoit oz aller Fontaine-bleau, dautant que trois ou quatre officiers du Roy, de la ville do elle estoit, lestoyent venus voir chs nous qui savoyent son mal, lesquels attendoyent, ce que lon dit, si je ne leusse dit, pour le dire. Il craignoit quils en parlassent avant laffaire faite Il sestoit tenu autour de Fontaine-bleau, il fust aussi tost Paris, o il alla essayer de surprendre mon mary, il lalla saluer & caresser, mon mary sestonnoit de cela, veu que je luy avois mand. Il luy dit (Monsieur) jay bien besoin de vostre aide, vous savs comme il y a tant de temps que je fus penc chs vous, il y a un riche marchand de nostre ville qui ma appell veroll, il y a long temps que nous plaidons ensemble, il faut quil me rune ou que je le rune, si vous me vouls tant obliger de me faire un rapport, comment je nay pas est pence chs vous que dun petit ulcere non malin que javois la jambe, je vous donneray ce quil vous plairra. Mon mary luy dit quil savoit bien que cela nestoit pas ainsi, que pour rien il ne feroit une fausset, il le fit prier, puis menacer, en fin le fit assigner devant le Lieutenant tenant Civil Miron, pour luy delivrer rapport; Mon Mary ne croyant pas quil deust insister, ne comparut point sur les deux premieres assignations: il fit dire quil y seroit condamn par corps, & men sans scandale, il fut donc men par deux Sergens, o il fut fort tanc davoir refuz raport ct homme, qui disoit estre icy retenu pour cela, protestant tous despens, dommages & interests contre luy. Monsieur le Lieutenant Civil donna du papier & de lencre, & commanda mon mary de luy delivrer sur lheure un rapport. Mon mary demanda, sil nentendoit pas un rapport veritable, Monsieur le Lieutenant luy dit quouy. Mon mary luy en donna un tout cachett, il demanda lautre sil tenoit mon mary pour homme de bien, & sil le croiroit pas en son rapport, il dit quouy, ne pouvant faire autrement, il fut ouvert, o monsieur le Lieutenant vid le mal, & seut comment tout sestoit pass. Monsieur le Lieutenant luy dit honte, & le fora de signer le rapport de mon mary cause de sa temerit: nous le gardons. Il ne se peut dire les mesdisances & meschancets queux & les leurs nous ont faict, & font tous les jours ce sujet: il vaut bien mieux que nous en ayons du mal, quil fust arriv mal de Madame. Lon na pas tousjours du bien pour bien faire, sur lheure,le temps amene tout. Sa Majest accoucha le Vendredy vingt-deuxiesme Novembre, mil six cens deux, neuf heures & demie du matin: elle croyoit avoir un fils, tellement que quand elle seut que cestoit une fille, elle fust estonnee, cause quelle pensoit que le Roy en seroit fasch, mais il sen fit aucune mine, tant sen faut il consoloit la Royne, & luy disoit que Dieu savoit bien ce quil leur falloit, quil estoit necessaire de faire des alliances en Espagne & en Angleterre. La Royne accoucha heureusement sans colique; car elle sestoit empesche estant grosse, de manger chose qui luy peust faire mal, ny lenfant, cause de son premier accouchement qui avoit est si rude. La Roine accoucha dans son lict de travail, dans sa chambre, qui regardoit son petit jardin, cost de la chambre en Oualle, comme jay dit parlant de la naissance du Roy. Cont tousjours est les mesmes meubles de couche qui luy ont servy. Il ne se trouva personne que les Medecins, mes Dames de Guerche-ville, Conchine, de Monglas, avec les femmes de chambre. Je demeuray servir sa Majest pendant sa couche comme javois fait celle du Roy, & retourn au train comme javois fait lautre-fois. LAccouchement de la Royne, de Madame Chrestienne. La Royne demeura Paris pour faire ses couches, cause de lhiver. Sa Majest me fit commander daller coucher auLouvre bien cinq sepmaines avant son accouchement, qui fust le Vendredy dixiesme Febvrier, mil six cens six, deux heures apres midy, & qui fut dans la chambre ordinaire du Louvre. La Royne a accouch de tous les enfans, commenant au Roy dun gros & dun menu. Le Roy estoit asss puissant, Madame fille aisne estoit menu, & Madame Chrestienne estoit puissante; la Royne en fut plus malade, elle en accoucha dans sa chaise, ainsi quelle avoit fait du Roy. Plusieurs personnes croioyent que ce seroit un fils, cause quelle avoit demeur quatre ans sans avoir denfans. Je diray avec verit, que le Roy consola encor la Royne sur les alliances, & ne tesmoigna jamais den estre fasch, il alloit souvent voir Madame, tout de mesme que si ceust est un fils, & nen pouvoit parler avec trop daffection la Royne, son gr, comment il la trouvoit belle. Les couches de la Royne se passerent heureusement, pendant lesquelles je receus un honneur de sa Majest, un jour que Madame Conchine estoit aupres delle, japprochay pour luy rendre quelque service, javois pris ce jour-l un manteau de chambre neuf, la Royne me dit, h sage-femme te voila brave, cela me plaist! Madite Dame luy respondit, Madame si vous avs agreable de la voir bien, vous la pouvs bien mettre; ouy, mais je voudrois quelle eust quelque chose qui la fit recognoistre pour estre moy, que les autres nosassent porter. Madame, vous luy pouvs faire porter le chaperon de velours, ainsi qu vos nourrices: pas une autre nen oseroit porter: Il est vray ce dit la Royne, jay regret que je ne men suis advisee plustost, & sur lheure commanda Monsieur Zocoly son tailleur daller largenterie querir du velours, pour me faire des chapperons. Voyla comment jay est la premiere sage-femme quila jamais porte, elles portoyent, ce que mont dit personnes qui ont cogneu celles de la Royne Mere du Roy Henry troisiesme, le colet de velours, & la grosse chaine dor au col. La Royne dont je viens de parler en a eu deux, sa premiere mourut, elle en reprit une autre, jay eu lhonneur que femme du monde na touch la Royne que moy pour laccoucher, ny pour la garder; sil eust pleu Dieu nous garder nostre bon Roy, jeusse esper la servir de tout ce quil luy eust pleu luy donner. LAccouchement de la Royne, de Monsieur le Duc dOrleans. La Royne partit de ceste ville environ la my-Mars, pour aller Fontaine-bleau faire ses couches, ainsi quelle se promenoit dans la belle galerie, environ sur les cinq heures du soir, elle sentit une grande douleur, qui la fit promptement retourner dans sa chambre, o dautres grandes douleurs la prirent, sans quelle peut permettre que lon leust des-habille, elle en eust environ quatre presque insupportables, lon appella les tapiciers & femmes de chambre, qui acheverent de tout accommoder. La Royne fut mise dans son lict de travail la manire accoustume, duquel elle se levoit quand il luy plaisoit, apres ces penetrantes douleurs, elle demeura bien trois heures sans douleurs. Le Roy se trouvoit mal, qui se coucha dans le grand lict de la Royne, & mappella, pour savoir comment il alloit de son travail, je luy dis que je ne lavois pas encor recogneu, que lors que je le saurois, je luy dirois ce qui en seroit lors que les douleurs lauroyent reprise, que cestoit bien pour accoucher, mais que je ne pouvois dire si lenfant alloit bien encore. Lors quils seut que les douleurs eurent repris la Royne, il mappella & men demanda des nouvelles. Monsieur du Laurens estoit aupres de luy, je suppliay sa Majest de ne se point estonner, que tout ressiroit bien, que veritablement lenfant venoit les pieds devant, mais quil estoit menu, que la Royne estoit pleine de courage, & avoit de bonnes douleurs. Le Roy me dit sage-femme, je say que vous avs la vie de ma femme & de son enfant plus chere que la vostre, faites ce qui sera de vous, si vous voys quil y ait du danger, vous savs quil y a icy ct homme de Paris, qui accouche les femmes, lon le tiendra dans le grand cabinet, je redouterois fort sil en estoit besoin, que la peur quen auroit ma femme,la mettroit en danger de sa vie, joint quil ny a femme au monde plus honteuse sil falloit quun homme leust veu: Alls vers elle, jy fus, aussi tost quil luy prist une douleur avec peu dayde que je luy fis, elle accoucha heureusement, dun aussi bel enfant quil sen vit jamais, qui estoit grand & menu. La joye en fut si grande que lon ne la sauroit dire. Le Roy se leva guay pour sen resjour avec tout le monde. Jamais Monsieur Honor navoit est la Cour ny Fontaine-bleau pour les couches de la Royne que ceste fois l, lequel nentra jamais ni pendant, ny apres laccouchement dans la chambre de la Royne. Ce fut quelquun qui le voulut gratifier, desirant quil eust lhonneur & le profit destre l pour un besoin, encor Monsieur du Laurens me pria de le trouver bon, pour survenir, sil arrivoit quelque chose destrange, cause que la Royne estoit beaucoup plus grosse, quelle navoit encore est. Je luy dis, que je ne trouverois jamais rien de mauvais, qui peust servir la Royne ma maistresse: Nous avions souvent mang ensemble dans ma chambre; je le faisois cause que jestois bien aise que lon cogneust, comme quoy nous estions en bonne intelligence luy & moy: La Royne acccoucha le Lundy seizime Avril mil six cens sept, dix heures & demie du soir. De lAccouchement de la Royne de Monsieur le Duc dAnjou. La Royne partit de ceste ville vers la fin de Mars, pour aller faire ses couches Fontaine-bleau, elle accoucha le Vendredy vingt septiesme Avril mil six cens huict, jour de S. Marc Evangeliste, neuf heures & demie du matin, le mal la prit le matin, que le Roy estoit all voir le grand canal quil faisoit faire Fontaine-bleau, de sorte que sa Majest accoucha que le Roy ny estoit pas. Le jeune Lomenie, qui est present Thresorier de Mr en porta la nouvelle au Roy, qui retourna en grande diligence voir la Royne & Monsieur. Il les vist avec un contentement extreme, il embrassa tant la Royne de luy avoit faict un si beau fils; cestoit un gros & gras enfant, qui avoit demeur peu naistre, de sorte quil sembloit le regardant quil avoit un mois. La Royne en accoucha dans son lict de travail. Il est a remarquer quil est venu au monde regardant le Ciel, qui nest pas une chose commune, de cent enfans il ny en vient quelque fois pas un, quoy que lon die que les filles y viennent, chose qui nest point: en tous les enfans que jaye jamais receus, je ne croy pas en avoir receu trente. Venant ainsi, je creus que cestoit un si bon augure pour luy, & pour toute la France, que jen estois ravie; & de fait toutes les personnes de jugement quilont seu, lont attribu tant de benedictions, de generosits, dobessance, & contentement pour le Roy & pour la Royne, quil ne se peut dire davantage, cause que tout ce qui regarde le Ciel na rien de terrestre. Il y eust une grand [sic] joye en toute la Cour, chascun sentre-ambrassoit: Il me souvient entre autre chose, que Madamoiselle de la Renoilliere, premiere femme de chambre de la Royne dont jay cy devant parl, rencontra un des valets de chambre du Roy qui la baisa de si bon courage quelle navoit plus quune dent pour la decoration de sa bouche, quil luy mit dedans, Chacun loa Dieu & se resjoit. Monsieur dArgouie Thresorier de la Royne me vint embrasser, comme je venois de remuer Monsieur, la Royne le seut & me le dit, je luy dis, il est vray Madame, il ne paroissoit non plus mon col, quune souris seroit un quartier de lard. Les couches de la Royne furent heureuses, o jeus lhonneur que de la servir comme javois tousjours fait. LAccouchement dela Royne, de Madame troisiesme fille de France. Madame, troisiesme fille, nasquit Paris dans le Louvre, le Jeudy xxvi. Novembre mil six cens neuf, dix heures & demie du soir: Le mal denfant print la Royne, sur les cinq heures du soir. Madame de Guise la doairiere, & Madame la Princesse de Conty estoyent alors proches de sa Majest, lesquelles se vouloyent retirer, cause quelles savoient comment aux autres couches, cela sestoit pass: La Roynele permit sa Madame la Princesse de Conty; cause quelle estoit indispose: pour Madame sa mere la Royne la retint aupres delle. Il y avoit quelque temps que la Royne avoit fait venir un tourneur dans son Cabinet, qui faisoit des Chappelets du bois de sainct Franois, dont elle en donna aux Princesses & quelques Dames. Il fallut oster le tour, & tout lequipage du faiseur de Chappelets. La Royne fit ses couches dans son grand cabinet; ce fut pendant ces couches-l, que je representay Madame Conchine, la perte que je faisois pendant deux mois, que je demeurois proche de sa Majest, pour les bonnes maisons de ceste ville, qui leur ayant manqu une fois, ne me redemandoyent jamais, sestant servies dune autre, & que nayans autre chose que mes recompenses, vieillissant, je demeurerois ceste occasion avec peu de practique & de moyens. Elle me fit tant de grace que de le faire entendre la Royne laquelle pria le Roy me donner six cens escus de pension, en ceste consideration. Le Roy ne men voulut donner que trois: Il me dit je vous donne trois cens escus de pension que vous avs tousjours, & tous les ans ma femme accouchera, si cest un fils vous aurs cinq cens escus de mes coffres de recompense, avec vos trois cens escus de pension, ce font huict cens escus que vous aurs, avec ce que vous gaigners avec les Princes & autres Dames. Si ma femme ne fait quune fille, vous aurs trois cens escus de recompense, & trois cens de pension: il faut plus faire de recompense des fils que des filles. Ds la naissance du Roy, il ordonna cinq cens escus des fils, & trois des filles. La Royne me donnoit encor deux cens escus quelques fois. Le Roy me dit, mon fils sera incontinent grand qui vous fera du bien outre tout cela, & tous les vostres: vous ne manquers jamais, ayant si bien servy ma femme. Je fus donc mise sur sur lEstat des pensions, ayant eu le brevet du Roy, ce fut en Decembre, & le Roy mourut en May, o je perdis tout la fois, car despuis je nay eu que la pension. Je nay pas sujet de me plaindre, car je nay rien oz demander. Madame la Mareschalle dAncre ma fait donner de sa grace un des estats de porte-manteau de Monsieur, pour mon fils, qui a en lhonneur den joir, & lheure que jy songeois le moins, elle menvoya querir pour le me donner. FIN.  The meaning here is not clear. Le fagot = a bundle of sticks; le har = the band that ties the bundle. The suggestion may be that the bundle is nicely tied (parer = to decorate / cover), hiding the quality of what lies beneath. The baby girl is dressed to hide her thinness.     PAGE  PAGE 14 M D E F nltl[v|v{̰ppXF;0;0;hF2]mHnHsH uhB:mHnHsH u#hB:0J6]^JmHnHsH u/h/9hB:0J56\]^JmHnHsH u#hB:0J5\^JmHnHsH u)h/9hB:0J5\^JmHnHsH u1hB:0J56CJ\]^JaJmHnHsH u7hbOhB:0J56CJ$\]^JaJ$mHnHsH u1hB:0J56CJ$\]^JaJ$mHnHsH u4hmhB:0J5CJ$\]^JaJ$mHnHsH uE F {{{{{wc UVOGHgd;{{{ ~~bcNTƨͨV@AabF0϶ϫϫϫϚϏϏ}odϚϚϚTh@vhB:H*mHnHsH uh{mHnHsH uh1hB:mHnHsH u"jhV0JUmHnHsH uh9"1mHnHsH u!hB:56\]mHnHsH uh&WmHnHsH uhF2]mHnHsH uh=hB:mHnHsH uhB:mHnHsH u!h/9hB:5\mHnHsH u'h/9hB:56\]mHnHsH u 12;<            &`#$gd*k$a$gdgd;:   b h                   " # $ & ' ( hC0JmHnHu hjd0Jjhjd0JUjhAUhAhChjdjhjd0JUhCUhB:mHnHsH u!hB:56\]mHnHsH uh{mHnHsH uhB:mHnHsH u%   $ % & ' ( $a$gd &`#$gd*kh]hgdv(<P1h:pv(. A!"#$% Dpj    2 0@P`p2( 0@P`p 0@P`p 0@P`p 0@P`p 0@P`p 0@P`p8XV~ OJPJQJ_HmH nH sH tH Z`Z /Normal d(CJOJPJQJ^J_HaJmH sH tH DA`D Default Paragraph FontRiR  Table Normal4 l4a (k (No List 2X@2 DQjEmphasis 6]^JFF /Placeholder Text B*^JphRR / Balloon Text dCJOJQJ^JaJN!N /Balloon Text CharCJOJQJ^JaJ4 @24 v(Footer  9r .)@A. v( Page Number>@R> V Footnote TextCJaJ@&@a@ VFootnote ReferenceH*PK![Content_Types].xmlj0Eжr(΢Iw},-j4 wP-t#bΙ{UTU^hd}㨫)*1P' ^W0)T9<l#$yi};~@(Hu* Dנz/0ǰ $ X3aZ,D0j~3߶b~i>3\`?/[G\!-Rk.sԻ..a濭?PK!֧6 _rels/.relsj0 }Q%v/C/}(h"O = C?hv=Ʌ%[xp{۵_Pѣ<1H0ORBdJE4b$q_6LR7`0̞O,En7Lib/SeеPK!kytheme/theme/themeManager.xml M @}w7c(EbˮCAǠҟ7՛K Y, e.|,H,lxɴIsQ}#Ր ֵ+!,^$j=GW)E+& 8PK!Ptheme/theme/theme1.xmlYOo6w toc'vuر-MniP@I}úama[إ4:lЯGRX^6؊>$ !)O^rC$y@/yH*񄴽)޵߻UDb`}"qۋJחX^)I`nEp)liV[]1M<OP6r=zgbIguSebORD۫qu gZo~ٺlAplxpT0+[}`jzAV2Fi@qv֬5\|ʜ̭NleXdsjcs7f W+Ն7`g ȘJj|h(KD- dXiJ؇(x$( :;˹! I_TS 1?E??ZBΪmU/?~xY'y5g&΋/ɋ>GMGeD3Vq%'#q$8K)fw9:ĵ x}rxwr:\TZaG*y8IjbRc|XŻǿI u3KGnD1NIBs RuK>V.EL+M2#'fi ~V vl{u8zH *:(W☕ ~JTe\O*tHGHY}KNP*ݾ˦TѼ9/#A7qZ$*c?qUnwN%Oi4 =3ڗP 1Pm \\9Mؓ2aD];Yt\[x]}Wr|]g- eW )6-rCSj id DЇAΜIqbJ#x꺃 6k#ASh&ʌt(Q%p%m&]caSl=X\P1Mh9MVdDAaVB[݈fJíP|8 քAV^f Hn- "d>znNJ ة>b&2vKyϼD:,AGm\nziÙ.uχYC6OMf3or$5NHT[XF64T,ќM0E)`#5XY`פ;%1U٥m;R>QD DcpU'&LE/pm%]8firS4d 7y\`JnίI R3U~7+׸#m qBiDi*L69mY&iHE=(K&N!V.KeLDĕ{D vEꦚdeNƟe(MN9ߜR6&3(a/DUz<{ˊYȳV)9Z[4^n5!J?Q3eBoCM m<.vpIYfZY_p[=al-Y}Nc͙ŋ4vfavl'SA8|*u{-ߟ0%M07%<ҍPK! ѐ'theme/theme/_rels/themeManager.xml.relsM 0wooӺ&݈Э5 6?$Q ,.aic21h:qm@RN;d`o7gK(M&$R(.1r'JЊT8V"AȻHu}|$b{P8g/]QAsم(#L[PK-![Content_Types].xmlPK-!֧6 +_rels/.relsPK-!kytheme/theme/themeManager.xmlPK-!Ptheme/theme/theme1.xmlPK-! ѐ' theme/theme/_rels/themeManager.xml.relsPK] a(( %%%({(  (  !(!! !# -0bh    #&)S    &)R    &)    &)V K@Q e|=Pm DRS Mv 0cLO#U6.01ZVM T&WFV;R`223[SX["Pq! V iv L !r!s!O#]#% 'i'v((*\+,5,9-p-9!.Ab./8/Q/W/9"1BO235k3p4+D5Lg5!7"8/9]:?k?3#<@\@kA B6=BCxC@CyF6G2HkIPJ#PNhN$ObOrOsIPO(RS #S0wS!UkUzUWV4JW4gXpXS,Z,Z .Z9Z7\](]F2]HS]<{]3^2]^^5`C`z`a;aSad&bHcRd3 dbdXfhYuiiNjDQj*k4kZ^k_m[noK0pSrfprNsAOst@vtwxO y]z^zx~| }}$v}=A2j@Aig{n+v1NA*kk*Zf\{AR tm4}j?Xv]V0Fe|Q~B:~d'n%h(cn91BEa11/9=C*07=OCUa%sseBqK}c!,3"/b Yi)KMm^:G"}[M_!w{$"^lT#SRoY^w!@7 c;?@ABCDEFGHIJKLMNOPQRSTUVWXYZ[\]^_`abcdefghijklmnopqrstuvwxyz{|}~Root Entry F@U1Table"WordDocument >SummaryInformation(DocumentSummaryInformation8MsoDataStorep}UPU1FK2G13EZ1QSQ==2p}UPUItem PropertiesUCompObj y   F'Microsoft Office Word 97-2003 Document MSWordDocWord.Document.89q